MESSAGE ET VOEUX A LA NATION POUR 2011
Togolaises, Togolais ;
Populations des villes et des campagnes ;
Mes Chers Compatriotes.
L’année 2010 s’apprête à tirer sa révérence. Elle va céder dans quelques heures sa place à l’année 2011, dans une alternance immuable que nul ne peut arrêter et qui marque le renouvellement. C’est là la marque fondamentale de la nature et en même temps de l’Être qui doivent se renouveler et permettre à tout ce qui les entoure de se renouveler. C’est dans ce processus que s’inscrivent et se fortifient la vie de l’Homme et de la Société qu’il compose, de même que celle de la Nature qui l’entoure. Tout ce qui ne se renouvelle pas et qui ne connaît pas d’alternance finit par être sclérosé, suranné et devient indubitablement obsolète et dépassé.
Malheureusement, pour le Peuple togolais, les choses paraissent définitivement figées puisque les années passent et se ressemblent, laissant dangereusement l’impression que rien ne change, rien ne se renouvelle, qu’aucune alternance n’est possible sur aucun plan. Pire, l’impression domine gravement dans divers domaines que le même timonier doit être éternellement aux commandes même si la navigation à vue du piroguier installé à la direction du navire conduit inexorablement le bateau vers la catastrophe. L’équipage corrompu et soumis semble avoir tranché et nul n’a plus droit au chapitre : nous attendons que le navire fasse naufrage pour réfléchir à une autre solution.
Au moment où je m’apprête une nouvelle fois à m’adresser à chacun d’entre vous, à la Terre de nos Aïeux, à l’Afrique et au Monde entier, notre continent, l’Afrique et notre pays le Togo donnent encore la triste impression de refus d’avancer, de changer en bien, d’évoluer. Le bilan de cette année qui vient de s’écouler ne nous démentira guère. Mais c’est dans le passé qu’il faut aller rechercher les racines du grand mal qui nous ronge.
Il y a vingt (20) ans, après des décennies d’errance, les Togolais avaient décidé de prendre leur destin en main et de se battre pour un meilleur avenir. La jeunesse s’est mobilisée malgré la crainte des parents qui ont fini par rejoindre leurs enfants dans la rue dans ce mouvement considéré comme salvateur puisqu’il finissait par mettre le mal de notre société à nu et par montrer que ce peuple dont tous les droits étaient alors bafoués n’est pas plus bête que les autres. Les 51 jours d’assises nationales (Conférence Nationale) qui ont sanctionné ces revendications et mouvements de rue ont prouvé aux yeux du monde que le Togolais aussi a besoin du changement et s’est préparé pour.
Au sortir de la Conférence Nationale en août 1991, l’espoir était donc très grand de voir notre pays échapper enfin à l’obscurantisme et à l’ornière, et se mettre, sinon à l’avant-garde, au moins dans les rangs des Nations dignes de ce nom, des Nations respectables.
Tout comme 2010 a marqué le vingtième anniversaire du soulèvement populaire du 5 octobre, l’année 2011 marque les 20 ans des mouvements de mars 1991 qui ont directement contraint la dictature à lâcher politiquement du lest mais surtout les 20 ans de ces états généraux épiques où le Peuple Togolais, dans ses composantes les plus diverses, a passé au peigne fin tous les secteurs de la vie nationale et décidé de ce qu’il souhaite pour son avenir. Quel bilan tirerons-nous de notre marche depuis ces états généraux de la Nation ? Qu’est-ce qui a exactement changé dans nos vies et dans celle de nos compatriotes ? Il semble, hélas, que depuis 20 ans, la Terre de nos Aïeux n’ait pas beaucoup évolué, ni sur le plan politique, ni sur le plan social, ni sur les plans économique, éducatif, culturel, moral, judiciaire, etc. La pierre que la nation togolaise entière avait essayé de rouler jusqu’au sommet de la montagne au cours de cette Conférence Nationale est aujourd’hui revenue, têtue, à sa place comme dans le mythe de Sisyphe. Pire, elle se retrouve plus loin du but que la pierre de Sisyphe. Epuisés par l’effort déployé, nous semblons avoir abdiqué devant la nécessité de nous attaquer une nouvelle fois au poids du malheur qui nous détruit, du mal qui ronge notre société. Et pourtant, c’est là et là seul que se trouve le Salut de la Terre de nos Aïeux.
Malgré tous les malheurs que nous avons connus depuis la période de transition et toutes les difficultés rencontrées au cours de l’année 2010 qui, non seulement n’a pas permis aux Togolais d’avoir droit aux élections transparentes et sans conflit tant souhaitées et promises mais pire, a connu un recul en matière de respect des droits humains, je demeure confiant que cette longue et ténébreuse Nuit donne simplement l’impression voire l’illusion de s’incruster et de se prolonger. Elle ne peut pas faire autrement que de laisser la place au JOUR. Le peuple qui a vécu dans les ténèbres va et doit finir par voir la LUMIERE. Il devra en être et en sera indubitablement ainsi pour Mon Peuple. Mais nous devons nous battre pour transformer ce rêve en réalité.
Cette longue lutte n’est pas inutile. Sa durée nous permet de noter tous les jours des événements que nous n’aurons jamais pu connaître et identifier si les choses s’étaient terminées en très peu de temps. Aujourd’hui, si nous, Togolais, sommes lucides et avons le discernement, nous pourrons affirmer que la Providence nous permet progressivement d’identifier ceux qui sont véritablement du côté du Peuple, qui luttent pour son intérêt, et ceux qui ne se sont inscrits aux rangs de ce combat que pour des intérêts égoïstes, individuels et quelques fois même bassement matériels. Même si ce n’est pas là la victoire que nous espérions, c’est aussi un succès puisque c’est en définitive une victoire du Bien sur le Mal. L’esprit Supérieur qui supervise notre Lutte pour le Bien Être de la Terre de nos Aïeux nettoie nos rangs, les purifie et fait place nette avant de semer les graines de la Prospérité que nous espérons tant. C’est en cela que cette longue marche n’a pas été et n’est pas du tout inutile. Elle mène inexorablement vers des lendemains meilleurs et elle doit nous faire garder espoir pour continuer de nous battre pour notre IDEAL de Démocratie et d’État de Droit. La route est certes longue, dure, et le combat difficile. Mais n’oublions pas que quand la route est dure, seuls les durs ont le courage de la prendre et qu’un combat que l’on a abandonné est un combat définitivement perdu. Evitons surtout de tomber dans la résignation et cessons de nous complaire dans ce chaos dont ceux qui profitent le plus de la situation veulent absolument nous faire croire qu’il doit nous satisfaire parce qu’il est meilleur que notre état d’hier. Les quelques miettes et autres gains matériels que nous amasserons aujourd’hui ne doivent pas nous faire croire que nous sommes sauvés. Je ne crois pas au Salut de quelques uns, si tout ce Peuple qui a si longtemps souffert n’est pas Sauvé. Que le plaisir le plus proche ne nous fasse donc pas croire à une réussite. Si nous sommes contents de ramper, nous ne pousserons jamais des ailes. Or, quand on jette un regard sur le passé de cette « Colonie Modèle » des Allemands que fut le Togoland, on se rend compte que nous sommes nés pour voler et avons l’obligation de voler très haut pour faire du « Togo Chéri, l’Or de l’Humanité ».
En dehors de notre pays, notre continent, l’Afrique, n’a guère fait mieux. Si certains pays connaissent désormais une sorte d’apaisement durable sur le plan politique et un début de prospérité sur les plans socio-économiques, plusieurs autres, parmi lesquels la Côte d’Ivoire qui est encore hantée par un conflit fratricide, continuent toujours de connaître de graves soubresauts qui font craindre pour l’avenir de ce continent noir. Et pourtant, là aussi, nous ne devons jamais céder au désespoir. Nous devons continuer de nous battre car l’Afrique doit être libérée en entier pour que la libération des pays et des peuples qui la composent ait un véritable sens. Et les Africains ne me paraissent pas incapables de relever ce défi.
C’est avec ces mots d’espoir face à un tableau qui pousse plus d’un au désespoir que je voudrais vous présenter mes vœux pour la nouvelle année.
Mes Chers Compatriotes, à tous ceux qui sont tombés parmi nous au cours de l’année 2010, je voudrais que la terre leur soit légère. A nous qui demeurons encore debout malgré les diverses tribulations que nous connaissons, je voudrais nous fortifier dans le combat pour la vie qu’il faut gagner à tous prix et remercier le Grand Architecte et la Providence de nous accorder encore cette Grâce.
A chacun d’entre vous, femme, homme, enfant, je voudrais présenter mes vœux les meilleurs pour l’année 2011. Paix dans vos cœurs, vos foyers, vos communautés ; Santé pour chacun, Joie et Bonheur pour vous-mêmes et pour tous ceux qui vous sont chers. Tout cela se résume à une seule chose, la Bénédiction. Que celle-ci soit votre partage au cours des 365 jours à venir.
A l’Afrique, je souhaite qu’elle prospère et soit enfin guérie de tous ses maux qui retardent son développement. Que les dirigeants africains comprennent enfin que si, comme on le dit dans notre tradition, on ne peut pas interdire à celui qui donne à manger à un enfant de se lécher les doigts, on ne peut aucunement tolérer que cette personne consomme la nourriture destinée à l’enfant et donne ses doigts à lécher à ce dernier. Nos dirigeants doivent également comprendre que la vache à lait qu’ils traient si bien mérite des soins. A défaut, cette vache mourra et il n’y aura définitivement plus de lait. Les pays africains méritent donc que les dirigeants s’en occupent au lieu de penser uniquement à les piller.
Au monde, je souhaite une meilleure compréhension, une plus grande fraternité, un meilleur usage et un plus juste partage des ressources qui appartiennent à l’humanité toute entière. Ayons constamment à l’esprit que nous ne sommes pas les seuls au monde et qu’après nous d’autres suivront qui auront besoin des mêmes ressources que nous. Que les idées de durabilité, d’intérêt général et de Dignité de l’Homme soient donc au centre de tous nos projets de développement.
A tous ceux qui détiennent une parcelle de pouvoir, aussi infime soit-elle, susceptible d’avoir un quelconque impact sur le sort de l’Humain et de son environnement, dans un sens ou dans un autre, je souhaite une fois encore que la Sagesse guide leurs actions et qu’ils arrivent à traduire dans la réalité quotidienne des peuples les Valeurs de LIBERTE, EGALITE, FRATERNITE qui sont faussement considérées comme une création française, alors qu’elles représentent plutôt la devise de tous ceux qui oeuvrent vraiment pour une amélioration de l’Humanité. Cette devise a été simplement reprise par les hommes politiques de la Révolution française qui ont voulu y puiser la force et la justesse de leurs actions. Elle nous appartient à tous. Essayons donc de nous l’approprier.
A vous tous, je souhaite une Bonne année 2011.
Que l’Eternel bénisse le Togo.
Que vive l’Afrique, et que prospère l’Humanité.
Prêts pour la Démocratie, la lutte continue
Jean Yaovi DEGLI
Président de Bâtir le Togo
Last Updated (Monday, 31 January 2011 14:07)
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